PROFESSION DE FOI
Chère collègue, cher collègue, chère étudiante, cher étudiant,
Après l’étape du renouvellement des trois conseils de notre université, nous voici arrivés à celle de l’élection du président de l’université.
Avant de vous présenter mes engagements, au nom de l’équipe « Bordeaux 3 Partages », je voudrais me présenter à vous. Je suis arrivé à l’université Bordeaux 3 à la rentrée de 1974, à l’âge de 18 ans, comme étudiant d’histoire. J’y ai fait toutes mes études jusqu’à l’agrégation et au doctorat. J’y suis revenu comme maître de conférences il y a vingt ans avant de devenir professeur. Je suis attaché à notre université ; j’ai appris à la connaître, je sais ses points forts, la recherche par exemple ou l’intégration des étudiants handicapés, ses points faibles comme par exemple son sous-encadrement en personnel BIATOS qui la situe dans les derniers rangs des universités françaises. Comme membre du Conseil d’administration pendant de nombreuses années, comme directeur de l’ancienne UFR d’histoire pendant quatre ans et comme vice président du CA depuis 2009, j’ai appris à connaître les femmes et les hommes qui la font vivre au quotidien, le personnel enseignant et administratif, les organisations étudiantes qui s’investissent dans la vie de notre établissement. J’ai pu prendre la mesure des talents et des efforts déployés par les uns et les autres pour qu’elle puisse assurer ses missions alors que les moyens nécessaires à ces missions ne lui sont pas toujours attribués, loin s’en faut.
Ces dernières années, l’université française a changé : LRU, primat d’un conseil d’administration en matière de gouvernance, autonomie, transfert de charges sans transfert des moyens correspondants… Le paysage universitaire bordelais a changé : création du PRES en 2007, « Opération campus », lancement du chantier de la NUB en 2010… Bordeaux 3 a changé…
Il faut que Bordeaux 3 continue de faire entendre sa voix auprès de tous les organismes qui fédèrent les acteurs de l’université au niveau national, telle la Conférence des Présidents d’Universités, et auprès du Ministère pour réclamer de substantielles modifications à la LRU, qui a établi une autonomie en trompe l’œil et réduit l’expression démocratique ; l’abrogation de la réforme de la formation des enseignants des premier et second degrés et son remplacement par un autre texte associant une véritable formation professionnelle à une formation universitaire ; la refonte totale des critères et des modalités des évaluations confiées actuellement à l’AERES, comme ceux employés pour le financement et la dotation en emplois des établissements.
Bordeaux 3 a toujours marqué son attachement à aller plus loin dans le PRES et à rechercher les voies d’une plus grande intégration. Mais le chemin de la NUB proposé par nos partenaires est impossible à suivre pour plusieurs raisons. Il n’y a jamais eu la moindre réflexion sur l’intérêt, en termes de formation et de recherche, qu’il pouvait y avoir à créer un établissement fusionné et pyramidal rassemblant 70.000 étudiants. Les notions d’«attractivité », d’« excellence », de « lisibilité internationale », très souvent employées pour justifier la formation de cet établissement unique, entrent en conflit, à bien des égards, avec notre mission de service public. La collision entre le processus de fusion et le «Grand Emprunt » peut aboutir, à terme, à des conséquences inacceptables pour plusieurs filières de notre établissement. A la faveur des vacances de postes enseignants et administratifs, dans la « NUB » fusionnée, les moyens humains seraient en effet dirigés vers des projets posés comme d’excellence. Le choix d’un « Grand Etablissement » comporte en outre un risque de remise en cause, à terme, du caractère national des diplômes et d’augmentation des droits d’inscription à l’Université, ce que nous ne pouvons pas accepter. Une politique « Ressources Humaines » estampillée Bordeaux 3 ne sera pas possible dans un établissement fusionné. En effet, dans le cas d’un établissement fusionnant les actuelles universités, le conseil d’administration de cette Nouvelle Université de Bordeaux, intégratrice, aura seul la maîtrise de cette politique.
Le processus de regroupement des établissements bordelais dans une université unique assimilationniste a connu en décembre dernier des ratés, la « note d’étape » sur le chemin de la « NUB » n’ayant été validée que par deux des établissements engagés dans ce mouvement. De notre côté, nous défendons une conception fédérale de la future université. Dans les semaines qui viennent il nous faudra reprendre les discussions avec nos partenaires. Nous pourrons désormais le faire en meilleure position, sachant que nous avons, dans tous les établissements, des collègues qui partagent notre point de vue. Dans le cas où notre proposition ne serait pas entendue, nous consulterons par référendum l’ensemble de notre communauté qui aura ainsi à s’exprimer directement sur son avenir.
Le projet que je porterai durant mon mandat, si je suis élu à la présidence, vous le connaissez déjà car il est celui qui a été débattu avec vous jusqu’à ces derniers jours. Il se fonde sur des valeurs dont la collégialité inhérente à l’idée même d’université. Principe démocratique de gouvernance, quel que soit le niveau où l’on se situe dans notre université, la collégialité est participation de la communauté, des conseils et instances à l’élaboration des choix. Elle est gage de transparence. Elle a son exigence qui est celle de l’écoute et le partage de l’information. En matière de « gouvernance », nous améliorerons le fonctionnement des conseils centraux dont les délibérations seront largement diffusées. L’assemblée des trois conseils sera réunie au moins deux fois l’an dans le cadre d’un débat sur la situation générale et les orientations de la politique de l’établissement. Une formation sera proposée aux élus des conseils. Nous élaborerons en concertation avec les intéressés un statut de l’élu étudiant. L’engagement étudiant sera reconnu et valorisé. Dans une perspective décentralisatrice, nous renforcerons le rôle politique des UFR, accroîtrons leur pouvoir d’initiative car les UFR s’appuyant sur les départements rassemblent les différentes catégories qui composent notre communauté. Des infléchissements seront apportés à la réforme interne avec, dans l’immédiat, l’élection d’un conseil de département comprenant des représentants enseignants et étudiants élus, et le ou les référents BIATOS du département, non élus, car chaque département aura ses référents administratifs. Un « audit » extérieur sur les effets de la réforme interne suivra au cours duquel seront associés tous les acteurs de l’université.
La politique de la recherche conciliera trois logiques propres : le parcours individuel des chercheurs, la politique des équipes, le projet d’établissement. Son lien avec la politique éditoriale sera renforcé. Nous créerons une base de données de la recherche à Bordeaux3 afin de la rendre plus visible en interne et à l’extérieur ; nous créerons également un Institut de la pensée contemporaine Bordeaux3 ainsi qu’une Nuit de la Pensée et des Savoirs. Le nombre de contrats doctoraux sera progressivement augmenté pour être porté à 15 sur trois ans.
En ce qui concerne les formations, nous veillerons dans un souci d’équité, à préserver une certaine homogénéité en termes de volumes horaires et de modalités de contrôle des connaissances, sans pour autant oublier la spécificité de chaque formation. Afin d’apporter des réponses aux étudiants en situation particulière ou dispensés, nous mettrons en place un dispositif d’accompagnement adapté à chaque diplôme. Nous maintiendrons la deuxième session d’examens (« rattrapage ») et la compensation annuelle. Nous renforcerons la formation ouverte à distance. Le dispositif limitant les capacités d’accueil en LEA sera supprimé à la rentrée 2013.
Nous continuerons à travailler à l’amélioration des conditions de travail et d’étude. Nous veillerons au respect d’une « pause méridienne » suffisante, à une meilleure information de toute modification d’emploi du temps… Nous poursuivrons la politique immobilière engagée ces dernières années avec nos partenaires institutionnels (PRES, Conseil Régional) : politique d’infrastructures (Maison des Sciences Archéologiques, Bibliothèque des Langues, Maison de la Recherche, Maison Internationale des Langues et des Cultures) ; réhabilitation de nos bâtiments ; mise en cohérence de nos espaces conformément au schéma directeur adopté en 2010 ; aménagement du campus. La qualité de la vie à l’université est une de nos préoccupations essentielles. Nous veillerons à ce que la Direction Vivre à l’Université ait les moyens de poursuivre ses missions, qu’il s’agisse du sport, du social, de l’environnement, de la culture, de la vie étudiante, de l’accueil des handicapés. Il nous faut prendre en compte davantage les situations de handicap des étudiants mais aussi des personnels. A terme, l’université devra se mettre en conformité avec la loi sur l’insertion des travailleurs handicapés et la promotion des doctorants handicapés ; une convention Fonds pour l'insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP) devra être signée en ce sens.
Il nous faut prévenir les situations génératrices de souffrance au travail (« prévention des risques psycho-sociaux »). A cet égard, notre Comité Hygiène et Sécurité (CHS) est appelé, suivant en cela un décret de l’été 2011 à se transformer en CHS-CT (CT pour « Conditions de Travail »). Dans cette perspective, il nous faudra créer une « Cellule d’écoute » telle que les textes réglementaires la prévoient.
Le principe d’équité et le dialogue seront au cœur de la politique sociale. Le régime indemnitaire en faveur des contractuels BIATOS sera maintenu sinon amélioré. Ce principe d’équité doit prévaloir sur la concentration des primes sur un petit nombre de bénéficiaires, et nous supprimerons les primes exceptionnelles pérennes, qui sont non statutaires. S’agissant de la Prime de Formation et de Résultat, la dimension « manière de servir » pour ne pas dire « performance des agents » continuera d’être neutralisée contrairement à ce qui a cours dans d’autres universités.
Il nous faut accompagner davantage les personnels BIATOS dans leur évolution de carrière, valoriser leurs compétences. Ce sera la mission du (de la) DRH qui aura en outre son rôle à jouer en matière de prospective, de préparation de la campagne d’emplois, de mouvement interne, d’actions de formation en matière de préparation aux concours pour les personnels administratifs en relation avec une Commission de la formation continue qui sera mise en place. Nous développerons la formation des personnels aux outils de gestion dont l’université s’est dotée, comme « Hyperplanning » ; nous aménagerons, en concertation avec les personnels, une organisation des UFR plus adaptée aux réalités de chaque composante. Nous continuerons d’améliorer nos espaces de travail comme cela a pu être fait pour les bâtiments I et J ; nous aménagerons davantage d’espaces de convivialité afin de retisser du lien entre enseignants et personnels administratifs. Nos propositions d’inflexion de la réforme interne visent également à cela (identification de référents BIATOS des départements, élection d’un conseil de département).
Notre université est sous dotée en personnel administratif. Elle compte 62% de titulaires pour 38% de contractuels. Nous poursuivrons la démarche de création de postes de fonctionnaires « en interne ». Par ailleurs, nous appliquerons le nouveau texte de loi sur la cédéisation des contractuels de la Fonction Publique. Il s’agira de définir des critères avec les représentants des syndicats, dans la transparence, et avant passage en Comité Technique. Aucun texte soumis au Comité Technique et rejeté par celui-ci ne lui sera représenté à l’identique.
Le passage aux RCE fait que toute une série de tâches de gestion d’aides sociales en direction des personnels incombe désormais à l’Université. Il nous faudra créer un service d’action sociale, projet ambitieux que préfigure la création en 2009 d’un chargé de mission Action sociale, animateur de la Commission d’aide sociale. Nous augmenterons également l’enveloppe budgétaire dédiée à l’action sociale pour lutter contre la précarité. De même, le fonds d’aide en faveur des étudiants en situation précaire sera abondé.
Notre communauté a été quelque peu malmenée ces temps derniers par le train de réformes que nous avons subies et celles que nous avons-nous-mêmes engagées. Des tensions diverses en ont résulté. Chacun a pu s’interroger sur le sens de ce qu’il faisait. Corriger ce qui doit l’être, restaurer de la proximité, améliorer nos conditions de travail, clarifier les enjeux pour notre université, proposer des réponses élaborées dans le dialogue et qui ne fassent pas fi des valeurs que nous avons tous ici en partage dans notre université, c’est dans cette direction que je vous propose d’avancer.
Jean-Paul Jourdan